La standardisation des semences est une fake news !

Les faits 

Il y a un an jour pour jour, nous avions dénoncé une campagne de publicité du groupe de distribution Carrefour sur les fruits et légumes, que nous avions qualifiée alors de « mensongère » (lire ici) en pointant trois grosses intox. « C’est aberrant mais la loi vous prive d’accéder à des milliers de fruits et légumes » avançait Carrefour. La standardisation des productions agricoles serait une réalité. Cette critique est particulièrement affutée dans le secteur des semences. La réalité est tout autre.

Décryptage 

Quand on écoute les professionnels dont c’est le métier, la variété des semences n’a jamais été aussi importante et leur promesse jamais aussi robuste. « Une semence, c’est d’abord une promesse » expliquent d’une seule voix Rémy Cailliate de l’INRA et Olivier Joselon de GNS semences. Une promesse, c’est pour le producteur l’assurance que la graine jetée par terre donnera un produit final correspondant à ce qui était attendu, dans le respect des règles et des normes, sans dégradation.

Le secteur des semences est stratégique. Il détermine la capacité à produire et concentre toute l’intelligence de la génétique des plantes. Comme les hommes ou les animaux, de façon générale comme toute forme de vie, les plantes sont menacées par des nuisibles. Pour tenir la promesse du processus de production, des scientifiques issus des secteurs public et privé coopèrent pour s’assurer que la vie de la semence est conforme à son cahier des charges. Ils sont les gardes du corps génétique de la semence. « On identifie les gènes responsables de la résistance aux maladies, on trouve les marqueurs de ces gènes et on vérifie qu’ils sont toujours présents dans la multiplication, » assure Rémy Cailliate de l’INRA. « Nous inscrivons notre action dans une logique de diminution des produits phytosanitaires, » ajoute Olivier Joselon. « Les scientifiques sont les premiers à travailler sur une réduction de l’usage des molécules de synthèse ». À l’INRA (Institut national de recherche agronomique), la transition agrobiologique est en marche : « La génétique a un rôle essentiel à jouer », commente Rémy Cailliate. « On entend beaucoup de commentaires inexacts sur les variétés anciennes et sur les semences paysannes comme si le retour en arrière était une garantie absolue d’authenticité et de bien-être pour les consommateurs. Or, les variétés anciennes sont moins performantes et plus sensibles aux maladies. »

 Le vrai débat

Objet de nombreuses critiques, le catalogue des semences est en réalité une formidable protection pour la société. Plus de 9 000 variétés pour 190 espèces y sont recensées. Il suffit d’observer un marché pour se rendre compte de la profusion des variétés de tomates ou encore de pommes! Leur très grande variété est sans commune mesure avec l’offre « d’autrefois ».

Ce catalogue définit ce qui répond aux attentes des consommateurs, des pouvoirs publics et des producteurs. C’est un recueil scientifique et technique de l’offre alimentaire disponible. Il ne faut pas le concevoir comme une liste fermée mais à l’inverse comme une garantie profitable. Le catalogue interdirait 97% de la biodiversité proclament arbitrairement les campagnes du distributeur Carrefour, mais toute la biodiversité n’est pas consommable répondent les ingénieurs agro ! Faudra t-il prendre un risque avec la santé des consommateurs pour respecter la liberté ? On peut aussi mourir libre mais empoisonné. Dans la même veine, il est reproché au catalogue des semences de favoriser les plus puissants ! « C’est tout l’inverse, » commente Rémy Cailliate. « L’accès est totalement égalitaire, sans catalogue les plus riches auraient un avantage sur tous les autres. » L’existence d’un catalogue est tout à la fois une garantie et une chance : une garantie de bonne fin pour les producteurs et de conformité pour les consommateurs et une chance pour tous les nouveaux entrants. « Regardez les réseaux de semences paysannes » concluent Rémy Cailliate et Olivier Joselon. « Le modèle marche bien tant que le réseau ne grandit pas. Dès lors qu’il choisit la croissance, il faut recréer des formules de catalogue. Nul n’échappe à l’organisation ».

Parlons clair 
Posons le débat. Etait-ce vraiment mieux avant ? Avant quoi d’ailleurs ? Avant le catalogue ? Mais c’était le jungle en réalité.  Le catalogue n’est pas un frein mais un outil de bonne gestion. Le consommateur ne peut que s’en réjouir puisqu’il peut déguster tant de variétés différentes ! N’en déplaise à Carrefour.

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